Des poches d’hydrogène gazeux ont été découvertes dans le sous-sol de plusieurs continents, souvent là où aucune activité volcanique récente n’est recensée. Ce gaz, longtemps ignoré dans les prospections classiques, circule et s’accumule selon des mécanismes géochimiques complexes, distincts de ceux responsables des gisements d’hydrocarbures.
La compréhension de ces processus repose sur l’observation d’environnements géologiques variés, allant des cratons anciens aux bassins sédimentaires. Plusieurs réactions, impliquant fer, eau et minéraux, sont à l’origine de la production continue de cet hydrogène, qui peut remonter à la surface ou rester piégé dans la roche.
L’hydrogène naturel : une ressource méconnue au cœur des enjeux énergétiques
L’hydrogène naturel, parfois nommé hydrogène blanc ou hydrogène natif, circule sous la surface de la planète depuis des millénaires. Longtemps confondu avec le gaz naturel, ce gaz hydrogène intrigue désormais les géologues et les énergéticiens. Sa présence dans la croûte terrestre n’est pas anecdotique : des émissions spontanées ont été détectées en Russie, au Mali ou encore dans les Pyrénées-Atlantiques, en France. Les études s’intensifient, portées par la montée en puissance de la transition énergétique et la volonté de diversifier le mix énergétique.
La communauté scientifique, soutenue par l’Union européenne ou l’AIE, s’interroge sur la place que pourrait occuper la production d’hydrogène naturel. Complément ou alternative aux filières industrielles (électrolyse, procédés fossiles), la question prend de l’ampleur. Sur le territoire français, la législation minière s’adapte : la cartographie du sous-sol se précise, à la recherche de gisements prometteurs. Plusieurs projets pilotes voient le jour, testant la rentabilité et les retombées écologiques de l’extraction de natural hydrogen.
Quelques enjeux-clés
Voici les principaux axes autour desquels s’articule l’intérêt pour l’hydrogène naturel :
- Sécurité énergétique : diversifier les sources d’énergie, réduire la dépendance aux hydrocarbures.
- Décarbonation : un hydrogène issu du sous-sol, potentiellement moins émetteur que les procédés industriels.
- Technologies d’extraction : adapter les savoir-faire du gaz naturel à une ressource diffuse et complexe.
La mobilisation s’accélère autour de l’hydrogène naturel. Dans les laboratoires, dans les sociétés d’énergie, la compétition s’organise pour décrypter et exploiter ce filon discret. Les enjeux énergétiques, climatiques et industriels s’entremêlent.
Quels processus géologiques expliquent la formation de l’hydrogène sous terre ?
La naissance de l’hydrogène naturel est le fruit d’un enchaînement de mécanismes géologiques complexes, souvent invisibles à l’œil nu. Au cœur de la croûte terrestre, l’eau rencontre des roches riches en fer et déclenche des réactions chimiques majeures. La serpentinisation, par exemple : quand l’eau s’infiltre dans des roches ultrabasiques pleines d’olivine, le fer s’oxyde, la molécule d’eau se fragmente, et l’hydrogène natif s’échappe, lentement, mais sûrement, parfois sur des millions d’années.
Autre voie, la radiolyse de l’eau. Sous l’effet des radiations naturelles émanant de certains minéraux radioactifs du sous-sol, l’eau se désagrège en libérant des molécules d’hydrogène. Cette réaction, étudiée dans diverses publications scientifiques comme Earth Science Reviews, s’ajoute à l’arsenal des mécanismes générant de l’hydrogène blanc.
La réduction de l’eau par le fer complète ce tableau. Dans des contextes géologiques particuliers où minéraux réduits et eau se rencontrent à haute température et pression, des réactions profondes alimentent la production. Les chercheurs (voir les travaux de Zgonnik sur le sujet) affinent, année après année, la compréhension de la répartition et du potentiel de cette ressource.
Pour clarifier, voici les principales voies identifiées :
- Serpentinisation : interaction eau-roches ultrabasiques
- Radiolyse : fragmentation de l’eau par irradiation naturelle
- Réduction par le fer : réactions chimiques profondes
Chacun de ces processus géologiques influence la répartition et le déplacement du natural hydrogen dans le sous-sol. Cette dynamique façonne une carte nouvelle des gisements à explorer.
Origines profondes : panorama des principaux gisements et contextes géologiques
La géologie dessine des gisements d’hydrogène naturel loin des repères traditionnels de l’énergie. Sous nos pieds, certains bassins sédimentaires dissimulent des poches de natural hydrogen, longtemps passées sous silence par les prospecteurs. Les preuves s’accumulent, site après site. Au Mali, à Bourakébougou, un village puise son électricité et son énergie mécanique directement dans un puits d’hydrogène natif. L’exemple fait école, scruté par des chercheurs du monde entier.
La France suit la cadence. Dans les Pyrénées-Atlantiques, des explorations menées par l’université de Lorraine, le CNRS et le consortium FDE dans le cadre du projet Regalor révèlent la présence d’hydrogène blanc. Ici, la configuration tectonique favorise la circulation des fluides et la migration des gaz. Ce potentiel intrigue les industriels, qui voient poindre une ressource locale renouvelée par la machine géologique.
Le panorama ne s’arrête pas là. D’autres gisements, repérés en Russie, aux États-Unis ou en Australie, élargissent la diversité des contextes : marges de bassin, failles profondes, interfaces riches en fer avec circulation d’eau. La question s’impose : sous quelles conditions ces foyers souterrains délivreront-ils une production continue et accessible ? Les avancées ouvrent la voie à une nouvelle lecture des ressources énergétiques, loin des sentiers battus.
Extraction et valorisation de l’hydrogène souterrain : défis techniques et perspectives d’avenir
Extraire l’hydrogène naturel du sous-sol nécessite de revisiter les techniques héritées du pétrole et du gaz. Ce gaz hydrogène se distingue par sa légèreté extrême et son goût prononcé pour la fuite, ce qui exige de la précision à chaque étape. Sur les premiers sites pilotes, comme à Bourakébougou ou dans les Pyrénées-Atlantiques, les équipes font face à des défis de taille : caractériser le réservoir, maîtriser les flux, minimiser les pertes.
Pour exploiter pleinement ce potentiel, il faut aussi repenser les dispositifs de stockage souterrain. Les cavités salines et les roches poreuses s’affirment comme solutions de choix, mais garantir la stabilité du gaz sur la durée reste un casse-tête. À cela s’ajoute la question du transport : faut-il adapter les pipelines existants ou bâtir de nouveaux réseaux, sachant que l’hydrogène fragilise certains matériaux ?
Les principaux usages ouvrent de nouvelles perspectives :
- Production d’électricité via pile à combustible
- Fabrication d’ammoniac pour l’industrie chimique
- Mobilité décarbonée
Chacun de ces débouchés fait émerger des innovations. Les industriels expérimentent l’injection d’hydrogène gazeux dans des réseaux hybrides, tandis que la filière s’organise pour évaluer la rentabilité et anticiper les risques. Le stockage souterrain devient une pièce centrale du futur énergétique, croisant géologie, industrie et politiques publiques.
Le sous-sol regorge de surprises, et l’hydrogène naturel pourrait bien redistribuer les cartes de la transition énergétique, loin des regards, mais tout près de bouleverser nos certitudes actuelles.



